il est l heure

26/12/2005 21:29 par tgv08

le bateau ivre

26/12/2005 15:53 par tgv08

Le Bateau ivre ou Bateau ivre Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. J'étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de coton anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. Dans les clapotements fureiux des marées Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin. Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d'astres, et latescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rhythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : je sais le soir, L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très-antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes, Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs ! J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux ! J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces Et les lointains vers les gouffres cataractant ! Glaciers, soleil d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! Echouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums ! J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... Presque île, ballotant sur mes bords les querelles Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons ! Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ; Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur, Qui porte, confiture exquise aux bons poètes Des lichens de soleil et des morves d'azur ; Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ; Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais Fileur éternel des immobilités bleues Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? - Mais vrai, j'ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes, Toute lune est atroce et tout soleil amer : L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer ! Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons. ....

a la musique

26/12/2005 15:52 par tgv08

A la musique Place de la gare, à Charleville Sur la place taillée en mesquines pelouses, Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses - L'orchestre militaire, au milieu du jardin, Balance ses schakos dans la Valse des fifres : - Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; Le notaire pend à ses breloques à chiffres Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames Auprès desquelles vont, officieux cornacs, Celles dont les volants ont des airs de réclames ; Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, Fort sérieusement discutent les traités, Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !.." Epatant sur son banc les rondeurs de ses reins, Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, Savoure son onnaing d'où le tabac par brins Déborde - vous savez, c'est de la contrebande ; - Le long des gazons verts ricannent les voyous ; Et, rendus amoureux par le chant des trombones, Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious Caressent les bébés pour enjôler les bonnes.. - Moi, je suis, débraillé comme un étudiant, Sous les marronniers verts les alertes fillettes : Elles le savent bien ; et tournent en riant, Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes Je ne dis pas un mot : je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles Je suis, sous le corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des épaules J'ai bientôt déniché la bottine, le bas... - Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres. Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas... - Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres... ....
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roman

26/12/2005 15:50 par tgv08

Roman I On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! - On va sous les tilleuls verts de la promenade Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ; Le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin, - A des parfums de vigne et des parfums de bière... II - Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon D'azur sombre, encadré d'une petite branche, Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond Avec de doux frissons, petite et toute blanche... Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser. La sève est du champagne et vous monte à la tête... on divague ; on se sent aux lèvres un baiser Qui palpite là, comme une petite bête... III Le coeur fou Robinsonne à travers les romans, - Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère, Passe une demoiselle aux petits airs charmants, Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père... Et, comme elle vous trouve immensément naïf, Tout en faisant trotter ses petites bottines, Elle se tourne, alerte, et d'un mouvement vif... - Sur vos lèvres alors meurent les cavatines... IV Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'aout. Vous êtes amoureux - Vos sonnets La font rire. Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût. - Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire...! - Ce soir-là,.. - vous rentrez aux cafés éclatants, Vous demandez des bocks ou de la limonade.. - On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. 29 sept. 70 Arthur Rimbaud ....

sensation

26/12/2005 15:49 par tgv08

Sensation Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l'herbe menue : Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l'amour infini me montera dans l'âme, Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, - heureux comme avec une femme. Mars 1870 ....

Election du poète

26/12/2005 15:48 par tgv08

Election du poète Au printemps Orbilius à Rome languissait, engourdi Par le mal ; la trique sans pitié de mon maître d'école S'était tue ; les coups ne sonnaient plus à l'oreille assourdie ; Le bâton cessait de torturer mes bras et mes épaules. Je saisis l'occasion : je gagnais les riantes campagnes, Oublieux, libre de tout souci, abandonnant l'étude ; Et la joie m'envahit doucement, chassant ma lassitude. Mon coeur, quand je ne sais quel bonheur délicieux l'empoigne, Echappant à l'ennui de l'école, à ses mornes leçons, Se palisait au spectacle des champs dans le vaste horizon, Assistait au miracle enchanteur du printemps de la terre. Tout enfant, je ne cherchais pas qu'un vain repos campagnard, Pressentant au fond d'un pauvre coeur de plus hautes chimères. Je ne sais quel souffle plus divin transportait mon regard Exalté, donnait des ailes à mes sens accaparés En silence : étonné, j'admirais le spectacle du monde. Et pareil à cet anneau de fer accroché en secret Par l'aimant, attiré sans un bruit par sa force profonde, Tout l'amour de l'ardente nature envahissait mon âme ; Cependant, tous les membres brisés par mes longues errances, Allongé languissant près du fleuve aux rives d'abondance, J'entendais à travers mon sommeil son chuchotement calme Et traînais ma paresse charmée par le choeur des oiseaux Dans le vent... Blanche troupe venue par les vallées d'en haut Voici que surgissaient les colombes portant dans leurs becs Des couronnes de fleurs que Vénus avait cueillies avec Les parfums des terrasses de Chypre ; et l'essaim en douceur Approchait l'herbe où je reposais couché de tout mon long ; Puis soudain entouré de leurs battements d'ailes, mon front Couronné, je livrai mes poignets à leurs chaînes de fleurs Et ma tête au myrte parfumé, me laissant enlever Dans les airs... Leur troupe m'emportait par les nues élevées, Somnolent, frêle fardeau posé sur des feuilles de roses. De son souffle le vent balançait mollement ma nacelle. Les colombes, à peine arrivées aux maisons maternelles, Pénètrent promptement sous le toit d'une demeure enclose Au sommet d'une haute montagne, me posent à terre, Me laissent, éveillé. Ô doux nid des oiseaux! Mes épaules Et mon corps tout entier irradiaient d'une blanche auréole, Pur éclat ô combien différent de la sombre lumière Qui mêlée à la nuit affaiblit la faculté de voir : Ici-bas la lumière a perdu sa nature céleste ! Je ne sais quel dieu tout puissant en moi se manifeste Qui répand comme un flot continu son suprême pouvoir. Cependant reviennent les oiseaux tenant du laurier Dans leur bec, couronne bien tressée pareille à l'ornement D'Apollon qui aime à caresser les cordes enchantées. Mais alors que je tendais mon front à leur couronnement Voici que le ciel s'ouvrit à moi et, prodige soudain, Je crus voir Phébus même volant sur une nuée d'or Et, m'offrant de sa puissante main sa lyre aux beaux accords, Sur ma tête il se mit à graver ces mots d'un feu divin : "Tu seras Poète !" Une chaleur étonnante envahit Tout mon corps : ainsi l'eau pure à la fontaine resplendit Et bientôt les rayons du soleil enflamment son cristal. Les colombes quittèrent alors leur aspect initial Et les Muses paraissent en choeur chantant leurs mélodies Doucement ; puis elles m'ont porté de leurs bras familiers Jusqu'au ciel ; et trois fois elles ont clamé leur prophétie, Et trois fois elles ont couronné mon front de laurier. ....

l'ile du vieux moulin (actuellement musé arthur rimbaud)

26/12/2005 15:15 par tgv08

  • l'ile du vieux moulin (actuellement musé arthur rimbaud)

    l'ile du vieux moulin (actuellement musé arthur rimbaud)

    26/12/2005 15:15 par tgv08

l'ile du vieux moulin avant

26/12/2005 15:14 par tgv08

  • l'ile du vieux moulin avant

    l'ile du vieux moulin avant

    26/12/2005 15:14 par tgv08

les allées

26/12/2005 15:13 par tgv08

  • les allées

    les allées

    26/12/2005 15:13 par tgv08

les allées avant

26/12/2005 15:12 par tgv08

  • les allées avant

    les allées avant

    26/12/2005 15:12 par tgv08